Revue de poésie contemporaine

debout mes mots tenir (et autres poèmes)

d

impair et manque

rouge, un père tré­passe
noir, impair et manque

debout mes mots tenir

même quand
de TROP
les mots se parent
de ces dorures
ces ori­peaux

il ne faut pas
ces­ser de BATTRE
la page
de la FRAPPER

même si
ailleurs
mes mots s     ’           é          g          a          r           e          n          t
à l’ombre de
son corps absent

je dois encore
mar­cher GIFLER
les                               blancs
les Emprein­ter

même quand
demain
les mots se v i  d   e    n     t
de son sang vain
du poi­son cru

la vie réclame
la voix les sons
mes boucles
la déme­sure

même si
je meurs
que des pierres tombent
à la ren­verse
il faut debout
mes mots tenir
à bout de doigts
au bout du s  o  u  f  f  l  e
pour pou­voir dire
la force
de son âme

à bout

les nerfs
à bout
de toi
je te rejoins
dans la colère
our­lée d’airain
qui nous accueille
dans ton regard
nos pères
au bout
des vies
cou­chés
sur les rivages
de ces ravins
mille fois gra­vis
mille fois fen­dus
nos mères
debout
je te rejoins
dans la folie
per­lée de vie
qui nous recueille
en son sein chaud
je me retrouve
enfin
je te retrouve
où étions nous
embas­tillés
où vivions nous
les nuits zélées
nous avions faim
là dans ta main
ten­due nos pères
rete­nus
nous avions peur
là dans ma main
ser­vile nos pères
déte­nus
les nerfs
à bout
de moi
tu me reviens
dans la cha­leur
de mes reins
crus
et nous voi­là per­dus
dans la cou­leur
de nos pères dis­pa­rus

la nuit féconde et brève

l’anthracite dégueule
de leurs corps imbi­bés
de leurs gosiers
gras et repus
la bile toxique
jaillit défaite
de leurs yeux loin
comme l’anathème
elle brûle
les esprits vierges
et les corps frêles
elle est la force
la force suprême
même si jamais
elle n’atteindra
ni la bri­sure
ni les rivages
de nos déboires
ils ont déjà
per­du le fil
ils
ont déjà
renié nos pères
éten­dus blêmes
là ici bas

je vois
ton feu
par la trouée
je bois
tes braises
les bras noués
je t’ai trou­vée
là dans la nuit
féconde et brève
nue mor­do­rée
j’ai mis le pied
sur ta terre ferme
j’ai débar­qué
sur nos terres vierges
c’était trop tard
je m’agitais
après une ombre
qui mour­rait
dans la pénombre
de mon regard

vendre dis-tu

cendre dis-tu, vendre ma mer, ma sueur, mon âme, vendre ma chair, vendre mon cœur, vendre dis-tu, vendre mes pères, mes suaires, mes charmes, vendre ma chère et tendre, mon corps puru­lent, vendre dis-tu, vendre mes bibles-eau, mes ombres à por­ter, rendre les armes létales, des peaux et des bilans, vendre dis-tu, vendre la une, les autres, des cro­chets, des étoiles, des cha­pe­lets d’os bri­sés, des atoll éner­vés, des étoles embra­sées, rendre compte, comp­ter et vendre dis-tu, vendre mes mots, mes fuites mona­cales, mes suites ban­cales, défendre dis-tu, défendre l’art mur, fendre l’air mur­mu­rant, répandre le fumier sau­mon, s’étendre sur le lisier, s’enfoncer sans attendre dis-tu, sans for­cer, sans entendre les der­nières mélo­pées d’une peau hési­tante, d’une peau aimante. vendre dis-tu. sans com­pro­mis. sans acte de décence. vendre sans résis­ter. sans insis­ter. vendre tant qu’il est encore tant à faire, tant qu’il encore temps, retrou­ver l’essence de tout ça. vendre dis-tu.

com­mettre un père.

et ne jamais.

se rendre.

Auteur(s) / Artiste(s)

Matthieu Dufour

40 et quelques années, Matthieu vit à Paris. Comme Jean Cocteau il pense que « la poésie est indispensable, mais je ne sais pas à quoi ». Animateur du projet A quoi ça rime, il traque d’ailleurs les traces de cette poésie dans son quotidien. Créateur et rédacteur du blog Pop, Cultures & Cie, il est également chroniqueur pour l’émission de radio Le cabinet des curiosités sur Radio U chroniques (audio) et auteur du feuilleton radio Au clair de la lune.

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