Revue de poésie contemporaine

Tu es perplexe et content oui… (et autres poèmes)

T

 

Tu es per­plexe et content oui je lis une forme de plai­sir sur ton visage, qui ne serait pas dimi­nu­tion de la dou­leur phy­sique puisqu’au contraire tu quittes une dou­leur aiguë dans la poi­trine, plus qu’elle ne te quitte, pour une dou­leur lan­ci­nante et dis­sé­mi­née par­tout en toi. « Je retrouve un corps » dis-tu, « je me sens un homme alors qu’avant je n’étais même plus une poi­trine j’étais réduit à quelques secondes de dou­leurs le reste ne comp­tait plus. J’étais tom­bé dans le temps. »

Pour que l’échiquier
Repose
Stable
Sur le lit
Ce n’est pas gagné
Je dois m’éloigner du pla­teau
Je pèse main­te­nant davan­tage que toi
je n’ai jamais vu une main
réflé­chir autant
elle se tient là
au-des­sus du roi de la reine
au moment où elle se tend
vers le cava­lier
on entend
une caval­cade dans le cou­loir.

Les grands malades n’ont pas leur pareil. Ils mul­ti­plient les points de vue. Mettent du ciel au pla­fond. Le pla­fon­nier est un soleil. Des livres voyagent, por­tés par l’air. Adieu éta­gères. Voi­là que passe l’histoire d’Espagne. Ils vous appellent Valé­rie et Véro­nique. Vous en êtes toute aug­men­tée. Ils vont bien. Ils vont mal. Un jour, ils vont les deux à la fois. Ils mul­ti­plient la nuit pen­dant le jour. Tout est retour­né. Ils réécrivent le pas­sé. Ils devinent le futur. Seule la gram­maire n’est pas réin­ven­tée. Les plus beaux mots sortent des palais pour dési­gner encore ce qui ne sera plus jamais à la place d’antan. C’est la révo­lu­tion.

Elle fend la file des usa­gers
Immo­bile
On la contourne et le groupe
se recom­pose
assez loin il me semble
dis­per­sés qu’on est
Elle tend d’une mains deux gobe­lets empi­lés
de l’autre une pho­to
La pho­to cou­leur d’un homme mort
Et d’une femme à ses côtés
La femme c’est elle
Elle tient une bou­gie allu­mée
Je ne sais plus
Si elle regarde le pho­to­graphe ou le défunt
Je la regarde aujourd’hui
Elle passe la main
Sur ses lèvres
Elle ne parle pas
Elle ne connaît pas la langue
Elle n’a pas de mots
Elle a l’image


 

Le monde dis­pa­raît tou­jours même­ment
fon­du au noir
il revient tou­jours dif­fé­rent
par un mot, une voix, un bruit
une lumière
une odeur
un souffle
dans le rideau
pour­tant lourd
et noir
du temps

 

Auteur(s) / Artiste(s)

Véronique Janzyk

Belge, j'ai publié quelques livres à ce jour. Les deux derniers en date sont parus cette année aux éditions ONLIT (www.onlit.net) : "Les fées penchées", un recueil de nouvelles construit autour de fées contemporaines. Exit l'accessoire de la baguette donc. Ce sont des fées bancales peut-être, mais aux ressources réelles. Pour elle comme pour autrui, enfin parfois.
"On est encore aujourd'hui" sort là. Il s'agit d'un roman. Une amitié se noue entre une jeune femme et un jeune marié. L'amitié est nourrie de films et de livres.

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