Revue de poésie contemporaine

Cinq textes

C

 

1

Lorsque les enfants et les oiseaux luttent contre la nuit, chantent jusqu’aux der­nières lueurs du jour comme pour les rete­nir, alors je sais que l’été sera bien­tôt là et que nous res­te­rons.

2

Il existe de ces ins­tants sans bruit aucun. Je suis alors là, appuyée sur le rebord de ma fenêtre, au bord du monde fou et rien ne se fait entendre. Pas même un train ou une voi­ture qui pas­se­rait au loin. Pas même une vache qui meu­gle­rait ou un oiseau qui pépie­rait. Rien. Le vent ne souffle pas et aucune feuille ne bruisse. Les insectes de la nuit res­tent dans leur trou, ter­rés. Alors je reste-là, guet­tant le signal du monde, humant l’air si muet, ten­tant de le sai­sir de tous mes sens et alors — alors je le sais- je suis heu­reuse.

3

Je suis heu­reuse, et je t’ai trou­vé, et tu m’as trou­vée, et ensemble nous ne sommes plus qu’un, qu’une même enti­té, une même cou­ver­ture — de ces cou­ver­tures chaudes et épaisses, de ces cou­ver­tures qui servent à bor­der celle qui suit, chaque nuit. Celle qui suit dort pro­fon­dé­ment, pro­fon­dé­ment bien­heu­reuse. Pai­sible, elle ne peut soup­çon­ner la dif­fi­cul­té de vivre, notre cadeau empoi­son­né. Car celle qui suit a été balan­cée-là sans qu’elle n’ait pu dire mot. Parce que nous l’avons déci­dé. Nous, les presque dieux. Celle qui suit dort, bien­heu­reuse. Elle ne peut plus rien entendre, pas même nos cris.

4

Ici les vaches ne regardent pas les trains pas­ser. Elles écoutent la nuit les fer­ries glis­ser sur l’eau et les mou­tons d’écume paître dans les vastes champs de rochers. Ici les vaches ne regardent pas les trains pas­ser, elles ne rêvent donc pas à cet homme qui remonte péni­ble­ment l’allée de la voi­ture 15. Elles ne pensent pas à sa main cares­sante et leur museau souffle seul et nu dans la nuit. Ici, les vaches ne regardent que la nuit qui tombe dans la mer et par­fois il se peut — si elles sont au bon endroit — il se peut que le fais­ceau du phare balayant et les murets, et leur pré ; leur per­mette alors de voir. Et, si elles sont au bon endroit seule­ment, elles peuvent alors regar­der, à l’étiage de mes pen­sées, le train de mes espoirs pas­ser.

5

Ciel de sucre rose si vite balayé par le bleu de l’infini… Se peut-il que le jour meurt ain­si ? Qu’il m’offre alors ce der­nier élan vapo­reux et mous­seux, cette der­nière traî­née de nuages aci­du­lés, ces restes de barbe à papa ? Se peut-il que le jour meurt ain­si, dans ces tons fête foraine ?
Ce der­nier souffle du jour, il est à moi, à moi qui n’ai plus rien, ou plus grand-chose. Ce der­nier souffle du jour je l’attendais, il est pour moi, moi qui bien­tôt ne serai plus qu’une âme en peine dans la nuit.

Auteur(s) / Artiste(s)

Claire Larquemain

Claire Larquemain est originaire du Cotentin et est née en 1982. Elle écrit depuis son adolescence mais ne commence les ateliers d’écritures à Saint-Lô qu’en 2011. Elle est saisie alors par la pulsion de l’écriture et créé son blog littéraire http://blondethinkingonsundays.wordpress.com/ .
Elle y publie un texte chaque semaine (le dimanche donc et anime la page Facebook http://www.facebook.com/blonde.thinking.on.sundays.
Elle commence cette année à publier dans la revue LES TAS DE MOTS qui lui dédient aujourd’hui quelques pages dans le livre ELLES ECRIVENT... ELLES VIVENT ICI EN NORMANDIE, une anthologie mettant à l'honneur 14 femmes normandes. Un premier petit recueil est également accessible aux Editions du Net : PETITS TEXTES POUR GRANDS LECTEURS PRESSES. Claire travaille actuellement sur deux recueils de textes : l’un regroupant des nouvelles et l’autre accès sur la prose poétique et textes courts.

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