Revue de poésie contemporaine

Hystérique (et autres poèmes)

H

Hystérique

Avant, je faisais de la photo
et des gâteaux aussi
et l’amour parfois, mais assez rarement
et je croyais à toutes sortes de choses
de ces miracles qu’on a en soi
de ces histoires qu’on raconte aux autres
pour y croire soi-même
de ces contes de fées
où les princesses dépassaient rarement le 85B
mais c’était déjà pas si mal

manque de bol, cette putain de conjonctivite
m’embue les yeux depuis plus d’un an
et je n’y vois plus rien
même pas ma canne blanche qui résonne sur les pavés
et doit bien m’amener quelque part
à moins qu’elle ne me fasse tourner en rond
comme un singe en cage
un singe hystérique
qui se bousille les mains et les reins
à secouer les barreaux.

Ariane
Ariane

L’ombre d’un ange

J’ai tellement rêvé de voir ces murs s’écrouler
ne laisser qu’un nuage de poussière
et que ce nuage s’effondre à son tour
qu’on tousse un bon coup
à s’en décrocher les bronches
puis que l’air libre
revienne frapper à la porte de la bouche
et que de nouveaux mots éclosent
que de nouveaux cils balaient les traces de pluie
de l’automne dernier
que le paysage devienne clair
si clair
qu’il semblera transparent
un halo de lumière
l’ombre d’un ange.

Ambiance festive

Il y en a des seins
et des Valentins
des femmes qui ruminent leurs amours déçues
et des amours déçues qui ruminent
des femmes

la rose, en pied ou en bouquet
fleurira dans ma main
mais ses racines n’auront jamais quitté la terre du jardin
car je crois bien que cette année encore
je ne ferai pas la queue chez le fleuriste
je ne mangerai pas trop sucré
en dessert
et mon diabète ne s’en portera que mieux

il gèle, il vente, il neige
et le soleil explose enfin
alors que les murs noircis de la cuisine
explorent le fond de la mine
les gueules noires
privées de la lumière du jour
les gueules blanches
privées des baisers aux lèvres rouges
les gueules, les gueules crient
et remonte du fond des gorges
le Saint Valentin.

Rose
Rose

L’hiver vierge

Le ciel décortique ma peau
la pelle comme une orange
privée de sucre depuis si longtemps
et de vitamine C, elle est
plus blanche qu’un linceul
invisible au-delà de la nuit
elle fuit en air chantant
dans les nuages blancs
du ciel d’hiver
plus pure qu’une vierge
plus pure qu’un cierge
la flamme bleuit avec la nuit qui tombe.

Auteur(s) / Artiste(s)

Stéphane Poirier

Stéphane Poirier est un artiste pluridisciplinaire, écrivain (romans, nouvelles, théâtre, poésie, textes de chansons) et photographe, né en 1966 en Ile de France. Après des études de lettres modernes et quelques cours de photographie, il choisit d’emprunter la route de l’inconnu, du tâtonnement, en favorisant une vision empirique de la vie qu’il nourrit et transcende à travers ses écrits ou en offrant au fil de ses photographies l’écho poétique des reflets de l'âme.

Son site : http://www.stephanepoirierofficiel.com/

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