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L’Amorgos

« L’horizon n’existe pas, c’est la raison pour laquelle les hommes ont inventé les dieux. »

L’Amorgos, Port de Pirée, Printemps 2011

 

 

1.

Les printemps pourtant
Refleurissent

Parmi les ruines
Les jasmins qui bordaient le sentier

S’ouvrent dans le silence

Merle millénaire

Ce qui autrefois
Semblait une cité prospère

S’est éteint comme le souvenir
D’une mer lointaine

 

 

8.

Les ruisseaux sont les mêmes  
Partout c’est la même rumeur
Qui enveloppe le corps

Alors

À quoi bon retenir le temps
Quand les racines de l’être
S’y enfoncent

Toi

Vieil escroc qui a tout fait
Pour me vendre tes dieux  
Et tes babioles d’esclave

Il te faudra

Ôter tes habits de lumière
Si tu veux entrer dans la fraîcheur
De ce que quelques fous

Nomment parfois

 

 

 

11.

Une manière de bleu

Comme si la côte
Ne touchait plus l’île

À cette hauteur

Le sentier
Croustille sous les semelles

Les fleurs ont vêtu
Tous les atours de la lumière

Tandis que le vent
Parfume au-delà de l’instant

Où le regard
S’est tourné vers l’intérieur

 

 

13.

C’est le premier soir
Que la lune apparaît
Et la carte des étoiles

Je n’effacerai rien, dit-il
Je garderai aussi sur ma peau
Celle de l’effort

Que leurs territoires
Imprègnent mes rêves
O pauvre pêcheur

Soupire-t-il, en s’enroulant
Dans le filet du sommeil

 

 

18.

Tu entends 
La respiration de la mer 

Cette manière qu’elle a
De rouler sur les galets

D’appesantir le regard
Où que porte l’horizon

Tu vois là-bas
C’est comme ça qu’ils font

Ils leur tranchent l’âme
Et la rejettent à la mer 

 

 

19.

La question n’est pas de faire
Ni d’être le faire

L’une et l’autre dimension
Sont aussi lointaines

Que les mouvements de la sève
Ou le désir de récolte

As-tu remarqué cette feuille
Qui te pousse sur le bras

 

24.

Est-ce le jour ou la lune
Qui se lève derrière la montagne

Quelques nuées blanches
Détachent lentement
Le ciel de la mer

Bientôt

L’oscillation du pont
Laisse apparaître

Une ligne d’horizon

L’Amorgos sonne le départ

Il se lève
La prend dans sa main

Tandis que le navire
Éloigne l’instant

 


Raphaël Dormoy

Né en 1977, Raphaël Dormoy vit à Paris. Travaille essentiellement le lieu de la forme courte (récit, nouvelle, fiction…). Publication du Manifeste de l’éventail à compte d’auteur en 2010. L’Amorgos est un recueil de poèmes qui prend source et racines en Grèce. Raphaël Dormoy diffuse une partie de son travail sur son site : raphaeldormoy.net

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