Revue de poésie contemporaine

La vie, c’est rien qu’une tombola (et autres poèmes)

L

 

La vie, c’est rien qu’une tombola

J’ai jamais rien gagné
A la tom­bo­la
Tous ces car­nets mul­ti­co­lores
Ces tickets souples
A la liste de cadeaux bien impri­mée
En gras
Et cette pièce qu’on ne trouve
Jamais
Je pen­sais que c’était comme la vie
Un tas de pro­messes
Tou­jours
Mais jamais aucune tenue

Alors
Lorsque la gosse est venue frap­per à ma porte
J’ai bien failli l’envoyer voir ailleurs
Mais
Elle avait quelque chose cette môme
Quelque chose que j’avais oubliée
L’innocence
Que pou­vait-elle savoir de la vie, elle ?
Rien

J’ai fouillé mes poches
Ai retour­né la mai­son sens des­sus des­sous
Lui ai pris le car­net entier
Elle m’a sou­ri
Et j’ai bien cru que là
Sur le pas de ma porte
J’avais gagné
Un ange

Une cuillère dans le café

Elle m’a appor­té son amour
Sur un pla­teau un peu tor­du
Elle le ten­dait
A bout de bras
Chaud
Unique
Si jeune
Si pur
Comme un miracle
Qui ne se repré­sen­te­rait plus
Mais je n’en vou­lais pas
Je ne croyais plus aux miracles
Plus main­te­nant
Les avais trop atten­dus
Ou ratés

Alors elle s’est mise à chia­ler

Debout devant moi
Et le pla­teau oscil­lait oscil­lait
Et ses larmes explo­saient
Et ses mains se ser­raient
Et se des­ser­raient
Sous le vête­ment
Ses petits seins se gon­flaient
Poin­tus, pro­vo­ca­teurs
Et tristes
« T’es qu’un salaud ! »

Peut-être

Elle a tour­né les talons
La porte s’est refer­mée après elle
Est res­tée à battre quelques secondes
Puis s’est immo­bi­li­sée
Tout comme l’air
Cette jour­née d’hiver
Moi
La cuillère dans mon café

Vie d’homme

Nous ten­dons vers le pur
Pour ne pas finir sous terre
Bouf­fé
Des­sé­ché
Oublié

Nous ten­dons vers le grand
Le beau
Pour échap­per au froid de ces dalles
De marbre noir
Où reposent le cul de quelques fleurs
Fanées

Nous ten­dons vers un éter­nel
Pour échap­per à l’horizon
D’une route
Où che­mine la mort
Qui, de ses bras élé­gants
Nous enla­ce­ra
Nous embras­se­ra

Nous ten­dons chaque fibre
Chaque main
Chaque regard
Vers ce qui res­semble à l’amour
Pour croire que tout peut exis­ter
Pour dire que tout veut per­du­rer
Dans cette vie d’homme
Étroite
Comme une rue sans nom
Belle
Comme une ville sans fin

Auteur(s) / Artiste(s)

Philippe Vourch

Philippe Vourch est né en 1965 dans les Côtes d'Armor. Après une formation de mécanicien ajusteur, à l'arsenal de Brest, il quittera la ville du Ponant six ans plus tard, pour vivre sa passion et intégrer une école de photographie à Colmar.
Il se détache très vite des sentiers battus, et des mers balisées. Explorateur dans l’âme, ses clichés embrassent une nature sauvage, déchaînée, ou baignant dans sa quiétude miraculeuse. Il capte la nature et l’humain, dans ses joies et ses peines, ses espoirs, les yeux toujours pointés vers la lumière. Également auteur de poésie et de nouvelles, ses textes courts ou plus élancés, s’envolent comme des gosses impatients, pour croquer la vie.
En 2013 et 2014, des parutions auprès de la revue Denise Labouche Editions, ainsi que la revue Glaz !, viennent étayer son parcours.
En janvier 2015, paraîtra son premier roman "Les genoux écorchés" chez Christophe Lucquin Éditeur.

 

Son site : http://philippevourch.weebly.com/

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