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Voyez qui virevolte

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David Christoffel

David Christoffel croise poésie et musique en pratique et en théorie. Auteur d’une dizaine d’opéras parlés, il est également à l’initiative d’études et d’expérimentations sur les rapports entre poésie et musique. Cela l’a conduit à publier autant des disques (telle la série d’albums Radio Toutlemonde) que des livres de poésie (avec la reparution cette année du recueil Argus du cannibalisme). Docteur en musicologie de l’EHESS, il a publié en 2017, Ouvrez la tête (sa thèse sur Satie) aux éditions MF. Ses préoccupations sur le pouvoir de la musique sur les formes de la pensée l’ont amené à de nombreuses créations radiophoniques pour France Musique, France Culture, Espace 2, ainsi que des radios associatives. Curieux de rendre sa recherche sensible, il poursuit ces travaux avec des institutions d’enseignement supérieur comme le CNSMDP, le CNAM et différentes universités (Tours, Nantes, Paris-7, Nice). Pour le Printemps des Arts de Monte-Carlo, il coordonne l’organisation des rencontres depuis 2015 et dirige la webradio du festival, La Radio Parfaite depuis 2016.

L.L. de Mars

Je n’ai pas la moindre idée de ce qu’une notice biographique doit signifier de moi ni de ce qu’elle doit écarter. Je sais qu’étrangement elle doit être infiniment reprise ce qui, toujours, m’empêche de la commencer. Je suis pourtant censé m’y plier et trouver ça léger comme une formalité. Je ne suis pas sûr qu’il existe des formalités légères, l’écriture d’une notice biographique moins encore que n’importe quelle autre. Je l’ouvre invariablement en écrivant ma date de naissance. Puis je m’y soustrais : de quelque côté que je prenne l’affaire, c’est un non-renseignement. C’est le premier non-renseignement d’une chaîne de repères qui, à peine inventoriés, s’abolissent également en non-renseignements. Comme un livre, isolé de celui qui l’avait rendu nécessaire, et de celui qui un jour l’a balayé. Je devrais aimer la notice biographique au moins en tant qu’elle ne prétend pas avoir, elle, de lecteur particulier. Elle ne s’adresse à personne. Elle bégaie une position. Une position à partir de laquelle, quoiqu’on fasse pour tirer ce premier point vers la ligne d’un portrait, elle l’entraîne vers le flou des spectres dans le meilleur des cas, vers le singe social dans le pire. On n’attend pas d’elle qu’elle dise quoique ce soit, mais que par elle soit affirmé qu’un événement a une raison fondée de se dérouler, qu’un objet a une raison historique d’être produit ; elle assure que l’on ne perd pas son temps devant un événement sans histoire, devant une créature complètement insignifiante : peu sûr de cette signifiance au fond, l’éditeur pourra lui-aussi y trouver une archéologie rassurante et en partager les bienfaits. On m’a si souvent demandé des notices biographiques, pour le moindre petit festival, la moindre participation à un collectif, chaque livre et chaque revue, que c’est au bout du compte la chose qu’on aura le plus lu de tout ce que j’aurai pu écrire. En poursuivre la logique si efficace devrait finalement me conduire à ne brosser qu’une ligne de projet pour chacun de mes livres, et à ne jamais les écrire.

http://www.le-terrier.net/biblio_lldm/

 

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