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Deuxième partie

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Turquoise

Les géologues ont pris des échantillons
du sol dans la forêt, tel était leur travail,
mais au fond du lit d’un ruisseau,
soudainement, ils sont tombés sur
des minerais d’un bleu violent, inconnu
Ils en ont ramassé amplement et revendu
une bonne quantité,
les braves gens en achetaient
l’emportaient comme du sucre
L’un des experts par curiosité
a tout de même brisé l’un de ces micas
histoire de voir ce qui se cachait dedans
Il a trouvé un morceau d’excrément de brebis –
quelques substances minérales
se cristallisaient apparemment
autour de cette matière
Dis-moi, n’est-ce pas autour
de la fiente que le réel
laisse tomber sur le chemin
que nous construisons
l’étrange turquoise
de nos poèmes ?

Encián

Talajmintát vettek az erdőn, szóval
éppen tették a dolgukat a geológusok,
mikor ráakadtak a patak vizében
marokszámra heverő
ismeretlen, rikító kék kristályra
Szedtek belőle jócskán, s a piacon
árulni kezdték, a jónép vette, vitte,
akár a cukrot
Kíváncsiságból egyikük mégis
összetört egy ilyen csillámot, lássa,
ugyan mi van a belsejében
Nem mást talált, mint birkabogyót,
úgy látszik, a vízből épp a ganajra
csapódik ki valami ásvány
S mondd, mi talán nem a valóság
elhullajtott ürüléke köré
építjük a versnek
különös enciánját?

Le veuf du poète

À ma mémoire

Je suis le veuf du poète
des larmes me viennent et je ramasse
de l’argent pour une couronne
dans mon encrier
la veine a gelé
je fais des projets
en vue d’une chambre funéraire
cérémonie et plaque de marbre
discours aussi
lecture d’acteur
événements divers
si je n’ai pas les moyens de faire plus
puisque je ne suis pas poète
juste le veuf du poète.

A költő özvegye

magam emlékére

A költő özvegye vagyok
könnyezgetek és koszorúra gyűjtök
tintatartómban
a véna megfagyott
emlékszobát és ünnepséget
márványtáblát szervezek
meg beszédet
színészt felolvasást
különböző eseményeket
ha másra már nem telik
hisz költő nem vagyok,
a költő özvegye csupán

Deux parallèles

1.

Dans la bibliothèque, derrière le crépi,
un mur de livres illisibles se cache
et les filaments électriques des lettres
captent chaleur et froid.

Sur les rayons une rangée de briques
en terre cuite impossible à feuilleter
– à l’intérieur de ces cubes, des souvenirs
de paysages emportés par les rivières d’antan,
leur couleur roussie par le feu
est semblable à celle d’un visage
qui s’est penché (pour réfléchir ou s’y jeter ?)
au-dessus de l’eau.

2.

Les boîtes à lettres sont autant de ruches,
l’apiculteur y plonge chaque jour
de nouveaux gâteaux de cire,
ici ou là par la fente
une lettre s’envole en bourdonnant.

Les ruches sont autant de boîtes à lettres,
l’écriture bourdonnante s’accumule au-dedans
pour faire mûrir les phrases
du texte qu’on glisse dans une enveloppe
– enfin nous pourrons lire le miel.

 


Két párhuzam

1.

A könyvtárban a vakolat mögött
olvashatatlan könyv-fal rejtezik
és a betűk hőtartó szálai
ejtenek foglyul hideget-meleget

A polcokon téglasor áll
belélapozhatatlan égetett agyag
e tömbökben rég tovafolyt folyók
sodorta tájak emlékezete
tűzben pirult színük egy arcé
mely egykor (tűnődni vagy ugorni)
a vízre ráhajolt

2.

A postaládák mind megannyi kaptár
új lépet tesz be mindennap a méhész
egy-egy betű
zümmögve röppen ki a résen

A kaptárak mind postaládák
zizegő betűnként hull beléjük
egy-egy szöveg ott érik össze
borítékba csusszant mondatokká
s mi olvashatjuk majd a mézet

Chevaux de chambre

Des chevaux mélancoliques regardent au dehors
à travers la fente des rideaux
leurs têtes sont vertes
leurs cous pas plus larges qu’un doigt
leurs corps enterrés dans un pot
l’aube dessine des taches de buée
sur les carreaux autour de leurs narines
et ils mâchonnent
des dentelles tissées d’or
quelques franges légères
et dressent les oreilles
pour entendre si dans la chambre
bouge le pied d’éléphant des meubles
si les livres battent des ailes
si les pantoufles hérissons
flairent les feuilles mortes du tapis
Mais jamais ils ne retournent
leurs têtes de plomb immergées
dans les profondeurs des racines
d’un long galop infini.

 

Illustration de Tóth Pitya István

Illustration de Tóth Pitya István


Szobalovak

A függönyrésen busa zöldfejű
bánatos lovak pislantanak ki
nyakuk alig egyujjnyi vastag
testük cserép földbe temetve
ablakra rajzolt maszatos két
párafolttal írja körül
orrlikaikat a reggel
s ők bele-belemajszolnak
egy-egy könnyű fodorba
aranyló szálú rojtba
és fülüket hegyezik
moccan-e odabenn
bútor elefánt-lába
szárnyaikat surrogva
nyitogatják-e könyvek
papucsok sündisznói
szuszognak-e a szőnyeg-avarban
De ólom-fejüket
nem fordítják sose hátra
elmerültek a gyökér-mélyi
lassú végtelen vágtatásban

Ô villes

Ô villes qui grattez le corps
des cieux nageant tout en haut
toutes vos tours sont trop aiguës
vos antennes – autant de seringues – injectent
le liquide transparent et étranger de leurs ondes
dans le bras de l’espace qui se gonfle
et bleuâtre s’enflamme chaque soir.

 

Ó városok

Ó városok a tovaúszó egek
testét karistolók alkalmatlanul éles
minden tornyotok
antenna-injekcióval hullámhosszok
áttetsző idegen folyadékát
fecskendezitek a térnek
alkarjába amely feszül és dagad és
estére lilán begyullad

Herbivores

Il n’est pas étonnant que nous convoitions
les végétaux bulbeux
dont la forme pleine de jus évoque
les protubérances séduisantes du corps humain
Cet érotisme innocent et végétal nous attire
comme le vol fatal de la banane balistique
le dévouement de l’orange
qui s’effiloche dans l’amour
la mort rapide du radis rose
ce kamikaze englouti dans notre bouche
Mais pourquoi est-ce qu’on mange
les parties végétales rabougries
pourquoi est-ce que je mâchais toujours
avec enthousiasme la doublure blanche ouatée
de la peau de l’orange, pourquoi ai-je
longuement cherché parmi les pétales
de la fleur du faux acacia le minuscule
stigmate, pourquoi dévore-t-on
oseilles et persil, épices et herbes ?
Quelle est la cause de
cette avidité gourmande ?
Et qui tente de venger
la mort de ses confrères en combattant
le genre féroce des herbivores ?
Uniquement les plantes carnivores.

 

Illustration de Tóth Pitya István

Illustration de Tóth Pitya István


Növényevők

Hogy az emberi test kívánatos
domborulatait idéző, duzzadó,
leveses gumókat megkívánjuk, nem csoda
Vonz az ártatlan, növényi erotika,
az áramvonalas banán becsapódása,
a narancs foszladozó odaadása,
hagyma ropogása, ízének szétszaladása,
sebtiben bekapott fiatal retek
kamikaze-halála
De ugyan mit eszünk a csenevész,
nedvszegény növényi részeken,
miért harapdáltam mindig lelkesen
a narancshéj ízetlen, vattás, fehér
bélését, miért kutattam az akácvirág
szirmai közt a foghegyre alig elég bibét,
miért pusztítunk sóskát, petrezselymet,
fűszernövényt és gyógyfüvet?
Ínyenc mohóságunkat
mi indokolhatja meg?
És ki próbál bosszút állni a maga szerény
eszközeivel a növényevők nemtelen nemén?
Csak a húsevő növény.

 

Références et traductions

Turquoise ; Le veuf du poète & Deux parallèles sont extraits du recueil Menace désarmée
Traductions de Jacques Filan

Chevaux de chambre ; Ô villes & Herbivores sont extraits du recueil Chevaux de chambre
Traductions de Lorand Gaspar, Sarah Clair et Jacques Filan


János Lackfi :

Né en 1971 à Budapest, le poète hongrois Lackfi János a publié sept recueils de poésie, deux récits, un roman et six volumes de ses contes et poésies pour enfants. Il a reçu la bourse Soros pour son oeuvre poétique (1998), les prestigieux prix József Attila (2000), Déry Tibor (2001) et Salvatore Quasimodo (2002), ainsi que le prix Pégase de l’Académie Européenne de la Poésie (2009).

Traducteur de la littérature française, il a publié vingt recueils de traductions (œuvres de Breton, de M. Jacob, d’Échenoz, de Gailly, de Maeterlinck, etc.), a obtenu le Prix Illyés de la Société des Gens de Lettre de Paris et du PEN Club hongrois (1998), le Prix de Traduction de la Communauté Française de Belgique (1999) et la bourse du CNL (2004).

Rédacteur depuis 1999 de la revue littéraire mondiale Nagyvilág fondée en 1956, il enseigne la poésie française, la traduction littéraire et l’écriture à l’Université Catholique Pázmány Péter depuis 1997.

Un choix de ses textes traduit par l’auteur, Lorand Gaspar, Sarah Clair, et Georges Timar a paru chez Taillis Pré (Signes de vie, Châtelineau, Belgique) en 2002. Ses deux récits ont été publiés en français en 2006 (Deux saltos vrillés, Éd. Széphalom, Budapest). Une poignée de ses nouveaux textes traduits vers le francais ont été publiés dans le recueil Trois poètes hongrois (Lackfi János, Tóth Krisztina, Imreh András), Murmure, Dijon, 2009.

István Tóth Pitya, graphiste, plasticien :

Entre 1974 et 1978 il entreprend des études d’Art à Budapest, et obtient son diplôme en 1986 à l’Ecole Royale d’Arts Appliqués de Budapest. De 1986 à 2001 il enseigne le dessin et le stylisme aux étudiants en arts graphiques et textiles à Pécs.

Actuellement, il est plasticien, graphiste et professeur de dessin, il participe et crée de nombreux projets d’art nationaux/internationaux et s’est vu attribuer plusieurs prix artistiques. Entre 1993 et 2015, plus de vingt expositions sont consacrées à ses oeuvres.

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