Revue de poésie contemporaine

Matador et Minotaure (et autres poèmes)

M

 

Matador et Minotaure

C’est Thé­sée en habit lumi­neux, qui com­bat
A l’épée, en allant et venant par là bas,
Par ici, un che­min dans un rond, et bat­tant
Sur le sol ensa­blé, de ses pieds élé­gants,
Un bal­let emme­né : pas de deux échan­gé
Aux sabots mar­te­lant, aux naseaux enfu­més.
Un tau­reau dévo­reur des enfants va mou­rir.

Quand le bateau boit…

Je suis un chat marin.
J’habite une barque amar­rée au Vieux-Port.
Je suis un chat inquiet : mon bateau boit.
Il est trop accueillant pour les eaux et marées,
Et le sel le gri­gnote.
Par­fois, sans vent ni vagues bal­lot­tantes,
Il se penche sans rai­son.
Par­fois, il navigue en zig, en zag…
Mon bateau boit et le fond de sa cale me mouille les pattes,
De petites vagues me cha­touillent le ventre.
Pour aller au Frioul, il s’en va par Gaby.
Pour aller à l’Estaque, il mouille à Mor­gi­ret.
Mon bateau boit.
Ses vieilles bor­dées font corps avec la mer.
S’il croit ain­si atti­rer les girelles,
C’est plu­tôt le contraire.
Je suis un chat marin, qui sera un nageur.
Car mon bateau, à boire sans soif,
Dans un moment d’ivresse
Rejoin­dra un beau jour, les pois­sons les coraux.
Les our­sins et les poulpes vien­dront l’habiter.
Je serai chat nageur,
Ma mai­son sous les eaux, sera loin de mon port.
Et je miaule ce soir, ce qui dans la langue des chats, veut dire pleu­rer.

La marche et les pieds

Il y a d’abord ces deux choses étranges
Qu’on appelle des pieds.
Autour des pieds, une armure de cuir.
On me dit que ce sont des cro­que­nots.

Cro­que­nots, croque sol.
Et les pas se sont mis, un à un à frap­per
Le che­min.
Là haut s’agitaient les bras et balan­çait
Le buste.
La tête, çà et là regar­dait de haut
En bas
De gauche à droite.

Le voyant ain­si, les gens assis
Disaient : voyez comme il marche ;
Et pour­tant il a deux pieds.

Deux choses étranges,
Qu’on appelle les pieds.
Cela sert paraît-il à mar­cher.

Ce n’est pas pour les poètes.
Car les pieds des poètes sont
Pour les vers.

Auteur(s) / Artiste(s)

Bergs Bergs

Né à Marseille, à la Toussaint de 1951, après quelques études et des voyages, un peu partout en France et en Afrique, il a travaillé dans plusieurs entreprises et exerce depuis plus de vingt ans, la profession d’expert immobilier.

Ce métier s’effectue assez souvent, à titre de mesure d’instruction, pour le compte des tribunaux. A force de rédiger, le virus de l’écriture de fiction s’est insidieusement installé en lui. Un vieux démon de jeunesse est venu le reprendre, comme un serpent rattrape sa queue.

Avec ses relents d’une formation méditerranéenne, il cultive l’observation de sa ville. Aux confins d’un monde en perpétuel mouvement, un homme a contemplé son nom devant un miroir. En retournant ainsi ces lettres, il a compris qu’il était devenu Edouard Bergs.

Après avoir publié quelques textes courts dans la presse locale ou dans le groupe de poésie « Le Scriptorium », il essaie de se jeter vers d’autres eaux…

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