Revue de poésie contemporaine

Les mots dits / Blanc- noir / L’aimant

L

Choupie Moysan

Les mots dits

(à haute voix)

 

Les mots sédi­mentent,
mentent
oui, les mots mentent.
La main les encre,
les ancre
sur la page blanche.
Les mots — menthe-
menthe à l’eau
qui dilue l’encre
des/encre les mots
qui vont à la dérive
au- delà des rives.
Des mots de rien
qui ne font vivre
qui ne font livre.

 


 

Blanc- noir :

(à haute voix)

Tra­cé blanc sur une nuit noire
craie blanche sur tableau noir
trou noir de l’élève livide
craie en main.

Main mise de l’écrit,
écrit de pous­sière blanche
pour mots vola­tiles.

Alors quoi, avant que la pâte
à livre ne soit sèche
et porte dans sa page
les mots du crâne,
le crâne aura depuis long­temps
blan­chi !


 

L’aimant

L’aimant per­dait la tête, sur­tout les jours d’orage.
Dans l’air il y avait de la ten­sion, de l’attention, voire de la haute…..
L’aimant était sur­ex­ci­té, en homo erec­tus qu’il était.
Il y avait de l’éclair dans l’air, à en être fou­droyé au point de ne pas s’en rele­ver.
C’était la confu­sion des pôles, l’ingouvernable route, la vie était désai­man­tée.
Le pro­ces­sus sur­vient encore les jours de désa­mour, où l’on perd son aimant, où l’on a plus la tête à soi. On va en dehors des rails : déraille, déraille…Les trains ne mènent plus nulle part, on a per­du son nord, et sa bonne étoile en même temps. On ne s’attire plus, donc on ne le retient pas, seuls les sou­ve­nirs s’accrochent et dans la glace son image par­tie, ne reste impri­mé que votre reflet qui lui aus­si se fane.
Lorsque l’on est amou­reux, on est trop occu­pé pour pen­ser à soi : on se pense autre, puisque l’on est plus à soi en bref, on n’est plus que le reflet de soi-même. D’ailleurs on ne pense plus, à part pen­ser à l’autre. Tout est en fonc­tion de l’autre, on pour­rait dire : être à l’ère de la pen­sée unique et ne dit-on pas : « mon unique pen­sée, c’est toi ! ».
Les flux neu­ro­naux, et le temps sont les seuls régu­la­teurs de cet état de fait. L’autre que l’on subli­mait, avec qui l’on fusion­nait dans la lumière qui le nim­bait, se voit ne plus être que le reflet de lui-même, l’auréole lui est ôtée. Il se voit ne plus être l’unique objet de nos pen­sées : ses propres pen­sées lui sont ren­dues, et l’on repart avec les siennes.

Auteur(s) / Artiste(s)

Choupie Moysan

Plasticienne, animatrice d’ateliers d’écriture en lien avec les arts plastiques.

Auteur sensible à la culture japonaise

Publication de haïkus dans les éditions des Petits Riens

Contribution dans le livre de haïkus : Enfansillages aux éditions Unicité

Ecritures de préfaces ou postfaces.
Texte dans la première anthologie du Haïbun : Chemins croisés, aux éditions Pippa.

Ecriture et dessins du livre : Après mûres réflexions, relatif au travail anthropologique de G. Tillon.

Contributions et articles dans les revues Gong, Ploc, L’Etroit Chemin, et sur le site de Haïkouest et dans des revues francophones, telle la revue canadienne : Casse-pieds (papier) – la revue du poème bref.

Nouvelles sur différentes revues en ligne notamment sur le site ardemment.com, Francopolis, Harfang, Les tas de mots…

Editrice, en petite édition de livres d’artistes avec cmjn-éditions cmjn-editions.fr/

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