Revue de poésie contemporaine

« Mère, j’ai quitté les ténèbres de ton ventre… » (et autres poèmes)

«

Mère, j’ai quit­té les ténèbres de ton ventre
pour les fruits et le sucre de l’été
le soleil blanc, long comme le fleuve de nos ancêtres, cou­lait.
Je n’eus pas à apprendre le sou­rire, qu’inscrivit sur moi
l’éblouissement du jour.
Dans le jar­din, les pins ten­daient leurs aiguilles
comme de minus­cules enne­mis
que sans cesse il fal­lait repous­ser
pour ne pas qu’ils pénètrent dans le royaume lumi­neux
de mes yeux et de ma bouche.
Les paons du jour et les pié­rides pro­tec­teurs
vole­taient dans les rayons :
alors les aiguilles retour­naient à la nuit des arbres.

*

J’ai quit­té vos ombres, Maîtres,
pour des che­mins d’incertitude.
il fal­lait bien par­tir de la chambre au secret,
dis­per­ser le legs du sang dans les pluies
et créer le mys­tère de mes propres mains.
Au rythme de la marche, les sai­sons eurent moins d’importance,
seuls comp­taient les lieux et l’espace
que dila­tait le désir de connaître.
Sur ces terres d’errance,
des oiseaux et des tigres se dévo­raient le cœur.

*

J’ai quit­té ces pays d’or rouge et d’étendues
pour des forêts plus proches, des sen­tiers plus intimes
des cas­cades de feuilles et de silence
abri­tant le souffle de mes enfants de chair
abri­tant un amour à la grâce farouche
qui tous les soirs
vient boire à la source.
Comme les por­teurs d’eau, je mesure avec len­teur
la dis­tance plus grande à chaque pas, chaque perte
chaque cri, chaque nais­sance, m’éloignant un peu plus
de ce que j’ai lais­sé,
à mesure que j’avance et m’éloigne de la source
et que je bois ma vie, le far­deau s’allège ou s’alourdit
et dans mes paumes je garde
un peu d’eau et quelques étoiles.

Auteur(s) / Artiste(s)

Cécile A. Holdban

Hongroise d’origine, elle vit à Paris.
Elle est coéditrice de la revue Ce qui reste depuis l’automne 2015.
Elle est également plasticienne, pratique surtout l’aquarelle et l’encre, et participe à un certain nombre de livres d’artistes avec différents poètes et plasticiens.

Bibliographie
  • Ciel Passager, L’Échappée Belle, 2012
  • Un nid dans les ronces, La Part Commune, 2013
  • Poèmes d’après suivi de La Route de sel, Arfuyen, 2016
  • Une robe couleur de jour, La lune Bleue, 2016
  • Silence, Carnet sous la glycine, février 2017
  • Viens dans mon poème, éditions du petit flou
  • L’été, Al Manar, mai 2017

Diverses traductions de poèmes et textes littéraires d’auteurs hongrois, américains et néo-zélandais, en revue et chez plusieurs éditeurs (Weöres, Karinthy, Mark Strand, Janet Frame, Dezső Kosztolányi...)

Revue de poésie contemporaine

Suivez-nous

Abonnements

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à la revue et être averti de chaque nouvelle publication.

Rejoignez 202 autres abonnés

Articles récents

Auteurs & artistes

Méta

%d blogueurs aiment cette page :